
lundi 26 novembre 2007
Sagesse de l'enfance

dimanche 25 novembre 2007
Sortie en catimini d'une oeuvre intime

mercredi 14 novembre 2007
L'apocalypse des animaux

probablement le singe bleu
jeudi 8 novembre 2007
La vérité de Michel Tournier
Mais si je me suis mis au clavier ce soir, ce n'est pas pour évoquer ce livre inclassable, je n'en ai pas le temps. Je voudrais noter une pensée extraite du roman car je l'ai trouvée d'une vérité si absolue qu'elle m'a donné des frissons. J'avais l'intuition de cette vérité, mais je n'aurais jamais su l'exprimer avec autant de clarté que Michel Tournier. La voici :
"Je note au passage combien les choses enfantines ont d'affinité avec la pensée abstraite -qu'ont-elles donc en commun ? Le désintéressement, la simplicité de ce qui est fondamental ? Comme si un certain silence d'avant le langage des adultes rejoignait la pensée sereine des sommets."
mercredi 7 novembre 2007
Atom Egoyan ou l'indicible complexité des êtres

Depuis que j'écris, et que je suis parvenu à une certaine maturité de mon activité littéraire, je cherche à traquer la vérité secrète des êtres derrière leur apparence sociale. J'ai besoin de débusquer ce qu'ils ignorent eux-mêmes, ce qui les fait vivre sans qu'ils en aient conscience. Et à ce jeu, Atom Egoyan n'a pas son égal : la connaissance profonde qu'il manifeste à l'égard de la psyché humaine me touche beaucoup plus que celle de Ingmar Bergman, cinéaste que pourtant j'admire. Je vais essayer de m'expliquer.
Ingmar Bergman ausculte l'âme de ses personnages, qu'ils soient masculins ou féminins, avec la précision sans appel que lui permet sa lucidité au scalpel. Il va chercher très loin la source de nos frustrations, de nos jalousies, de nos malaises, et les étale sans état d'âme, impudique dans son approche de dévoilement des masques sociaux. Peu ou prou, Atom Egoyan procède aussi par dévoilement de l'indicible, mais, à la différence de Bergman, connu pour sa misanthropie, il débusque la vérité cachée des êtres pour en révéler les souffrances, et pour nous permettre de réévaluer la première impression qu'ils nous ont laissée. C'est un travail de réhabilitation auquel s'est attelé le cinéaste canadien, qui révèle son empathie pour les marginaux, les êtres au comportement étrange, suspects voire malsain. La perversité d'Egoyan est nuancée par sa profonde humanité.
Un film déploie le talent d'Egoyan à son zénith : il s'agit de son chef d'oeuvre : EXOTICA

Egoyan a saisi avec une pertinence exceptionnelle le manège obsédant et opaque des rituels dont nous sommes tous les prisonniers. Chaque personnage d'Exotica est exposé tout d'abord dans son opacité, comme accomplissant un rituel complètement bizarre voire malsain.
Christina travaille dans une boîte de nuit spéciale, Exotica, où elle danse devant des hommes venus se détendre après le travail de la journée. Certains clients la payent pour qu'elle vienne faire son numéro de streap-tease à leur table. Mais le règlement du club stipule l'interdiction pour les clients de toucher les filles qui se dénudent. Nous ne savons rien de Christina, au départ, seulement qu'elle accomplit son travail nocturne avec une certaine conscience professionnelle. D'où vient-elle ? Pourquoi officie-t-elle dans ce club à côté duquel sa beauté juvénile jure un peu ?
Mia Kirshner dans le rôle de Cristina
Francis (Bruce Greenwood) et Cristina
Francis et la jeune fille (Sarah Polley)Eric est le disc jokey du club Exotica. Il domine la scène et la salle où s'installent les clients. Son rôle consiste surtout à introduire le numéro des danseuses qu'il valorise de ses improvisations érotiques. il n'oublie pas non plus celles qui attendent le bon vouloir d'un client pour venir se dénuder à sa table. Mais sa libido s'enflamme toujours lorsqu'il doit présenter le numéro de Cristina, laquelle en jupe et chemisier d'écolière se déhanche sur la mélodie langoureuse et si suggestive "Everybody knows" de Leonard Cohen. Qui est Eric ? Est-il un pervers qui succombe au fruit trop mûr de Cristina sans pouvoir l'approcher ? Celle-ci jette parfois un oeil vers lui, dans les hauteurs de la salle, et leurs regards suggèrent qu'ils se connaissent. Mais depuis quand ? Pourquoi Eric est-il jaloux quand Cristina se rend à la table de Francis, le contrôleur des impôts, et discute avec ce dernier autour d'un verre qu'il lui a offert ?
La première partie du film passe d'un personnage à l'autre sans qu'on parvienne à identifier l'enjeu narratif. Mais y-a-t-il vraiment un récit ? Non, pas dans le sens classique du terme. L'opacité des êtres, et de leur rituel pour le moins étrange, s'explique par l'accumulation des événements du passé qui les ont conduits jusqu'à ce club où nous les découvrons tous les soirs. Pour certains, ces événements remontent jusqu'à leur tendre jeunesse. Les flash-back d'Exotica ne sont pas novateurs, certes. On peut citer d'autres films qui dévoilent peu à peu le passé des personnages par ce genre de retour en arrière qui finissent par expliquer leurs actes du présent. Sauf que Atom Egoyan, lui, n'a pas construit son film en deux parties, dont l'une correspondrait au passé et l'autre au présent. En fait, ce principe de dévoilement progressif du mystère propre à chaque personnage est celui du film tout entier. Cette astuce scénaristique rend le film de plus en plus passionnant à mesure que sont dévoilées des bribes du passé. Le spectateur ne peut plus décrocher car la construction dramatique, d'une réelle virtuosité, mais jamais gratuite, ne lui permet pas d'anticiper le dénouement. C'est l'un des rares films que je connaisse dont les personnages en savent beaucoup plus que le spectateur. Ce dernier, vers la fin seulement, recolle les pièces du puzzle, et accède à l'intimité des personnages. Enfin presque.

Parmi les gens qui se promènent dans ce champ, nous reconnaissons Eric et Cristina, mais leur comportement nous étonne dans la mesure où il ne correspond pas à celui que nous leur connaissons dans le club. A quel moment situer cette séquence ? Et que font ces gens alignés à marcher ainsi dans la nature ?
lundi 5 novembre 2007
River Phoenix : un ange est passé...
La disparition d'un immense acteur est toujours vécue comme une perte douloureuse. Il en est qui, au terme d'une carrière monumentale, ont eu le loisir d'explorer toutes les facettes de leur talent. Et il en est d'autres dont la mort est intolérable parce qu'elle les a fauchés à l'aube d'un talent irradiant.
River Phoenix (second à partir de la gauche) est Chris Chambers, un pré-ado épris d'absolu : voir la scène bouleversante où son personnage est prêt à remplacer le père de son ami Gordie Lachance (sur la photo à sa gauche) afin de le convaincre de poursuivre ses travaux d'écriture car il voit en lui un futur grand écrivain. Dans les années soixante, Chris Chambers subit les préjugés de la société qui ne voit en lui que le fils de Timbull Chambers, autement dit un voyou. Cette sordide réputation lui colle à la peau, alors que Chris Chambers est un adolescent d'une fidélité à ses amis Teddy, Verne et Gordie, proportionnelle au manque d'amour dont il jouit dans sa famille. Chris a grandi dans un milieu familial que l'on devine sans aucun repère. Son père se saoule à la bière, et sa mère, jamais évoquée, probablement droguée ou décédée. Et pourtant, malgré ses souffrances, c'est quelqu'un toujours prêt à régler les problèmes, à tenter la réconciliation avec ses amis : voir la belle séquence où Chris engueule Teddy parce qu'il s'est amusé à esquiver un train et qu'il aurait pu y rester. Chris n'a aucune illusion dans la vie. Il sait que Teddy mourra jeune, et il a compris aussi que Gordie est le fils devenu transparent à la maison depuis le décès accidentel de son grand frère. Cette sensibilité écorchée vive trouve un écho admirable dans la pureté de ses élans affectifs. Après avoir fait la course avec Gordie, il empoigne son ami par le cou avec une boulevesante sincérité. Quand il évoque son cauchemar, dans la forêt, et qu'il s'effondre en larmes, c'est toute la désillusion d'une âme blessée qui s'exprime : en effet, un professeur pour qui il avait une réelle admiration lui a volé de l'argent que lui-même avait volé, sauf que lui a été sanctionné pour cet acte, et son professeur resté en toute impunité. 
Couronné du prix d'interprétation masculine au festival de Venise, River Phoenix termine sa carrière avec ce film poétique. Mike et Scott sont deux amants prostitués. Scott a devant lui un avenir déjà tout tracé (il devra reprendre la succession de son père), alors que Mike recherche, dans la solitude du bitume, ses origines : une mère dont il n'a que de vagues souvenirs de films super 8 fauchés, et un père inconnu. Mike est aussi atteint d'une maladie assez rare, qui le voit s'évanouir à tout instant de la journée : la narcolepsie. La silhouette de River Phoenix au milieu d'une route ne menant nulle part est restée et restera à jamais gravée dans ma rétine. Il compose un personnage déchirant, abandonné de sa famille, et tentant de survivre comme il peut, obligé de se prostituer, et vouant un amour délicat à son meilleur ami : Scott. Je me sens incapable de décrire la sensibilité de son jeu. Ce rôle présentait tous les pièges du mélodrame : Mike est un paumé au grand coeur qui rêve des bras de sa mère dont il a été arraché précocément. Mais River Phoenix, par la justesse incroyable de son jeu, évite tous ces écueils avec un talent rare. Le couple qu'il forme avec Scott (Keanu Reeves) est inoubliable. La magnifique séquence auprès d'un feu de camp au cours de laquelle Mike, transi et totalement renfermé dans sa souffrance, déclare fort maladroitement son amour pour Scott rejoint celle où Chris Chambers s'effondre en larmes lui-même auprès d'un feu de camp dans Stand by me. La fragilité que nous lisons sur son visage exprime la déchéance de ces êtres que la vie n'a jamais épargnés, et qui, résignés, poursuivent leur chemin errant, trop détruits pour pleurer, trop démunis pour se défendre, enfin trop peu sûrs d'eux pour exiger quoi que ce soit de ceux qu'ils aiment. C'est ce sentiment d'inertie que l'acteur exprime avec une force saisissante : quels que soient les événements qu'il traverse, les plus sordides comme les plus tendres, Mike garde, indélébile, ce regard d'enfant insondable que plus rien ne peut sauver.
jeudi 1 novembre 2007
une grande dame nous a quittés
En ce jour de Toussaint, je garde un souvenir ému en l'honneur d'une grande dame du 7°art qui nous a quittés à 86 ans le 16 octobre 2007. Surtout n'allez pas croire que je sois un fin connaisseur de la carrière cinématographique de cette actrice écossaise partie tenter sa chance, après un peu de théâtre et de danse, à Hollywood. C'est tout le contraire que je dois humblement avouer (et je sais que se trouvent parmi vous beaucoup d'admirateurs(trices) du cinéma américain des années quarante-cinquante). En fait, je n'ai vu que deux films de Deborah Kerr, Elle et lui, et Les Innocents. Je ne connais ni Tant qu'il y aura des hommes, ni Le narcisse noir, ni Colonel Blimp... Ce n'est pas par refus de les voir, seulement ma vie n'a pas eu l'occasion de croiser cette actrice dont j'ignorais encore l'existence douze ou treize ans plus tôt. Son interprétation dans Les Innocents m'éblouit par son intelligence, sa sensibilité.
Je vous invite à y jeter un oeil à l'adresse suivante (vous pourrez y lire quelques lignes consacrées à Deborah Kerr) : http//vargen57.unblog.fr
